Arve Industries
La qualité géométrique des produits

La croissance des volumes de production, l'externalisation de la fabrication voire de la conception, la croissance des exigences de qualité sur les produits sont autant de facteurs qui conduisent à des difficultés nouvelles de maîtrise de la qualité géométrique des produits.

Le Laboratoire de Mécanique Appliquée de l'Université de Savoie (LMéca) et le Centre Technique du Décolletage (CT-DEC) constituent deux pôles majeurs régionaux spécialisés dans la qualité géométrique des produits... qui n'est pas une chose simple ! Pour évoquer les difficultés de compréhension entre sous-traitants et PME à propos des besoins fonctionnels des pièces et de leur cotation, Eric Pairel (LMéca), n'hésite pas à dire « que les Bureaux des Méthodes manquent de méthodes pour déterminer la façon dont on utilise les spécifications fonctionnelles en production « . Il prétend même que parfois « on bricole « .

Pour se démarquer par rapport à la concurrence des pays « low cost » et pour conserver et développer leurs activités et leurs parts de marché, les entreprises de la région doivent accorder un soin particulier à la qualité géométrique de leurs produits Le projet « Tolérancement des produits » a pour objet global de les aider et de les accompagner vers cette maîtrise de la qualité en développant des méthodes, des outils logiciels, des formations et des expertises.

Le développement de modules de tolérancement automatique couplés aux CFAO du marché est un enjeu majeur en terme de compétitivité, lié aux gains de productivité en bureau d'étude. LMéca

Pour constituer un pôle fort autour de cette thématique, plusieurs actions sont portées par des industriels et des Centres de Recherche. Cinq actions sont programmées en réponse à des problématiques de bureaux d'étude. Les premières concernent la mauvaise connaissance et la mauvaise utilisation des tolérances géométriques normalisées. Les secondes ont trait à un déficit de méthode en conception. Quatre autres actions répondent à des problématiques de production, dues à un tolérancement ISO inadapté au pilotage des procédés de production et à des logiciels de métrologie tridimensionnel généralement inadaptés au contrôle des tolérances ISO.

L'objectif du projet « Tolérancement inertiel sous-traitants » est double. Il concerne d'une part la réduction du « time to market » par la réduction du délai d'obtention des pièces sans dégrader la réponse au besoin fonctionnel (qualité), d'autre part, l'amélioration de la qualité en production, par un pilotage (plutôt qu'un suivi) des livraisons fournisseurs. Il est justifié par la complexité croissante, chez les donneurs d'ordres, de la gestion par composants d'outillages multi-empreintes répartis chez différents fournisseurs. Sachant que, pour de multiples raisons, la technicité des produits impose des tolérances précises lors de la définition des composants, il en résulte un allongement des délais de réalisation et de mise au point des outillages qui génère une forte charge de travail à faible valeur ajoutée.

Selon Marc Bouix (Somfy), « la démarche de tolérancement inertiel permet de réduire ces délais tout en conservant le même objectif de qualité sur le produit « .

Des responsables de fabrications sont relativement désemparés face à la nouvelle cotation géométrique (GPS). Eric Pairel - LMECA

Les premiers résultats obtenus sur des « cas d'école » concrets montrent l'intérêt de la démarche avec des gains effectifs sur la mise au point de pièces allant jusqu'à plusieurs mois.

Pour adapter la méthode à une approche industrielle globale, le projet se propose d'approfondir les modalités d'application, de voir comment la démarche peut s'appliquer à tout type de cotation, de mettre en place une base de données liant la méthode à une faisabilité industrielle et d'étudier des solutions adaptées en contrôle réception.

Une cotation inexploitable dans les ateliers

Pascal Germain, Responsable industrialisation R&D - Thevenet Technologies

« Nous recevons de plus en plus de plans où la cotation classique a été supprimée au profit de la nouvelle norme « GPS » (cotation fonctionnelle). Cette nouvelle cotation est difficilement exploitable dans les ateliers. Elle ne permet, ni de piloter, ni d'effectuer les contrôles en cours de fabrication de façon industrielle. Nous n'avons pas les outils pour pouvoir l'utiliser et sommes condamnés pour l'instant à refaire tous nos plans dans l'ancienne cotation en faisant un certain nombre d'approximations et d'hypothèses. Tout ceci a un impact non négligeable sur les processus de fabrication et les méthodes de contrôle et il est vraisemblable que le projet Tolérancement pourrait nous aider à mieux travailler. »

Pour un langage commun entre concepteurs et producteurs

Michel Sarrazin, Directeur R&D - Activité pesage-puériculture Téfal

« Le système de cotation inertiel est une méthode qui insiste sur la notion de cible... En production, il faut éviter de travailler sur une tolérance. Quand on se rapproche d'une limite de tolérance, on se rapproche des risques. La démarche de tolérancement inertiel sur laquelle nous travaillons insiste sur le centrage. Arrêtons de parler en terme de minimaxi et parlons de centrage ! Les concepteurs et les producteurs auront alors un langage commun pour prendre en compte la qualité d'un lot et non d'une pièce. »

Gagner du temps sans dégrader la qualité

Marc Bouix, Responsable Conception électromécanique - Somfy

« Pratiquement tous les grands donneurs d'ordre sont confrontés aux mêmes problématiques de devoir concevoir et (faire)-fabriquer des pièces de plus en plus techniques dans des délais de plus en plus courts. En travaillant sur le tolérancement inertiel, la grande idée du pôle de compétitivité est de fédérer une démarche pour l'officialiser avec l'appui de partenaires industriels. Je pense que c'est un moyen pertinent pour gagner du temps dans la mise au point des outillages sans dégrader la qualité et un avantage partagé pour le fournisseur et le donneur d'ordre. »

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